28/10/2009 : Chère Rama Yade
Rama, autant te le préciser d’emblée : je ne suis pas franchement de droite mais cela ne m’empêche pas de t’apprécier. Intelligente, compétente et belle, voilà trois raisons non pas de boire Contrex, mais de suivre ton évolution politique. D’autant que tu as l’air de savoir ce que tu veux et n’être pas du genre à t’en laisser compter. Je pense d’ailleurs que tu es une « bête » politique en devenir, et nous n’en avons pas tant que ça en réserve pour accepter de les voir se gâcher de façon si stérile.
C’est pourquoi je me dois de t’alerter car je constate que ton attitude, depuis quelques temps, est vraiment inquiétante – d’ailleurs, je suis inquiet – et tu es en passe de dilapider le capital confiance dont tout un tas de gens – forcément bien puisque j’en fais partie – te créditaient. En effet, tu es en train de perdre cette classe, qui est ta marque de fabrique, en vaines tentatives pour complaire au Maestro de l’Elysée, classe dont ce dernier est d’ailleurs assez peu pourvu et ceci explique certainement cela. Œillades attristées dans sa direction pour lui arracher un sourire ou tentatives maladroites pour rattraper des positions que tu as tenues de prime abord tellement elles te paraissaient évidentes, et qui ont évidemment fort déplu au Château. Par exemple ton refus de quitter les palais de la République pour mener campagne. Ou ton soutien plus que mitigé à l’ascension de l’Héritier… En guise de punition, te voilà reléguée dans un vague sous ministère qui te conduit à devoir assister le dimanche à des rencontres sportives de seconde zone, spectacle que tu subis en compagnie de supporters plus intéressés par le nombre de canettes disponibles que par les montants compensatoires. Mais que fais tu donc dans cette galère ? Ne me dis pas que c’est la voiture avec chauffeur et macaron sur le pare brise qui te retient et suffit à ton bonheur !
Franchement, Rama, tu as vraiment envie de ressembler à l’entourage d’un gars dont on a cru un temps qu’il faisait de la pub pour Orangina (« Mais pourquoi est-il si méchant ! ») ? Ressembler à Lefebvre-Inutile (ceux qui aiment depuis longtemps les biscuits secs comprendront) qui, entre nous soit dit a une fonction officielle dont je cerne assez mal les contours. Est-ce à Bertrand que tu voudrais qu’on te compare, ce prélat laïc au sourire tellement mielleux qu’on s’étonne qu’une ruche n’y élise pas domicile ? A moins que tu ne veuilles prendre pour modèle la fille qui s’occupe des banlieues et qui estime que les discours type « marchande de poisson à la criée » sont du dernier chic. Mais si, tu sais, celle qui change plus souvent de chef de cabinet que de chemisier… Enfin, je dis ça, mais je n’en sais rien (pour le chemisier). Ne me dis pas non plus que tu voudrais ressembler au spectre blondinet, le copain de trente ans qui pousse le courage politique jusqu’à se mettre au régime quand le seul maître à bord après Dieu décide de larguer quelques kilos… Je me demande même si il ne va pas bientôt se mettre à marcher à croupetons lorsque l’homme aux bourrelets escamotables (merci Photoshop) sera dans les parages. Quand même, histoire de ne pas risquer de le contrarier, on ne sait jamais, je vais utiliser pour le flatter un peu une police de caractère spécialement crée pour lui : le Brice 22 qui vaut bien le Garamond (cul) 12.
Au fait, as-tu vu la cour se mobiliser pour vanter les mérites de l’Héritier ? Le défilé des laudateurs apparaître au fenestron pour nous dire combien le prodigieux rejeton méritait de devenir président de ce truc mahousse dont je n’avais jamais entendu parler ? Rabâchage de phrases concoctées par des conseillers en com’ et débitées d’un air aussi convaincu que celui arboré par un représentant en tubes de mayonnaise au chevet d’un hépatique chronique… C’est à ça que tu veux ressembler, Rama ? D’autant que tous ces porte-coton ont bonne mine, maintenant que l’Héritier a fait machine arrière… Il préfère sans doute jouer aux billes, ce que je peux aisément comprendre, et je sais déjà qui va faire le boulet.
Je ne te parlerai pas non plus du spécialiste « es » charters à destination des contrées exotiques, charmant garçon au demeurant qui est un des rares, dans ce gouvernement, à assumer l’antipathie qu’il provoque. Je me demande même si cela ne l’excite pas un brin. Ce serait déjà ça. Je n’évoquerai pas non plus l’ectoplasme qui, dit-on, hante les couloirs de Matignon – mais ce n’est peut être qu’une légende, comme le monstre du Loch Ness.
Les autres, c’est bien simple, personne ne connaît leur nom (je croyais que Martin Hirsch était une nouvelle marque d’alcool à la cerise, et je n’arrive pas à retenir le patronyme du gars qui s’occupe du lait. Quant à celui des armées, il doit être au trou car on n’en entend jamais causer). Non, je n’en parlerai pas, sauf de Lagarde, peut-être, qui ne meurt pas mais se rend au diktat de nos (très) chers banquiers. A ce propos, as-tu vu qu’un vote à l’assemblée visant à surtaxer les profits des banques s’est avéré favorable ? Mais ça n’a pas plu au Château, et on va donc revoter vite fait, paraît que deux députés UMP se sont trompés de bouton : vive cette démocratie où on vote jusqu’à ce que le Maître obtienne le résultat qu’il veut. Quoi qu’il en soit, être dirigés par des gus qui ne sont même pas foutus d’appuyer sur le bon bouton, ça laisse rêveur.
Rama, tu ne peux pas objectivement envisager de ressembler à ces glorieux personnages. Il serait tout aussi vain d’espérer revenir dans les bonnes grâces du Maestro (qui, quand même, a réussi à me rendre De Villepin et Chirac sympathiques, et ça, c’est un exploit à mettre à son crédit). Cet homme a de toute façon la rancune définitive et prends son pied à te voir si malheureuse, j’imagine que tes efforts lui procurent une certaine jouissance et nul doute qu’il te demandera bientôt d’assister à des matchs de foot de 4 éme division le samedi après midi, sandwichs merguez et Kro à volonté. Si tu arrives en avance au stade, la clé des vestiaires est cachée sous le pot de géraniums.
Ne lui fais donc plus le plaisir de t’humilier à si bon compte !
Que devrais-tu faire, en la circonstance ? Je ne te proposerai pas de rejoindre le camp adverse car se serait te faire tomber de Charybde en Scylla (orthographe non garantie mais j’ai la flemme de regarder sur Google). Et puis, je n’ai jamais aimé les transfuges, d’ailleurs, quand on dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, je crois que je préfère passer pour un con que pour un traître. C’est d’ailleurs ma position actuelle car il faut être très con pour oser encore avouer qu’on est socialiste (croyant mais non pratiquant toutefois).
Que te reste-t-il comme autre possibilité ? J’y ai réfléchi pour toi – gratuitement qui plus est – et je n’en vois qu’une : quitter le gouvernement avec panache. Imagines un peu la scène : tu convoques la presse à l’occasion d’une nouvelle affaire style « l’Héritier » (ne te fais pas de souci, il y en aura nécessairement d’autres car c’est plus fort que lui, l’attrait du rutilant et du pouvoir l’emporte systématiquement sur la raison) et tu déclares qu’il t’est déontologiquement impossible d’accepter de rester dans cette équipe et de cautionner des pratiques que le simple bon sens réprouve. Avec ton regard et ta classe, je te sais capable de nous mitonner une sortie d’anthologie, une de ces sorties dont l’homme aux chaussures à vérins hydrauliques ne nous gratifiera pas. Rêvons un peu : imagine le parterre de journalistes à tes pieds, le crépitement des flashs et les « une » chamboulées dans les journaux de vingt heures ? Arlette affolée à qui il faudrait passer les sels, Pernaud interné d’urgence pour une cure de sommeil, et Claire dont le lifting exploserait en direct sous le coup de l’émotion… Sans parler du petit David dont la raie tracée au cordeau se mettrait à zigzaguer dans sa chevelure « aile de corbeau »… Oui, une vraie petite révolution et, cerise sur le gâteau, qui-tu-sais au bord d’un nouveau malaise vagal… Et toi de proclamer, le doigt pointé vers l’Elysée, les raisons de ton départ à la manière d’un Zola en grande forme : « J’accuse…! ». Voilà quelque chose qui aurait de la gueule.
Bon, là tu es en train de te dire « si je fais ça, ma carrière politique est terminée ». Pas sûr. D’abord parce qu’une carrière se bâti dans la durée et qu’elle est émaillée de hauts et de bas. That’s life it is. Mais tu es jeune et le temps joue forcément pour toi. Ensuite parce que tu marquerais durablement les esprits en tant que femme politique de conviction, ce dont nous sommes fort dépourvus (exception faite des « Bonnie and Clyde » de Levallois qui mériteraient, à mon humble avis, un premier prix au prochain festival du Quai des Orfèvres). Enfin parce que le système actuel ne durera pas aussi longtemps que les impôts, je suis d’ailleurs persuadé que 2012 a de bonnes chances d’être l’année du retour à une certaine normalité politique, rien de fantastique donc mais bon, après ce que nous aurons connu ces dernières années… Même Bayrou serait acclamé, ce qui est peu dire. Non, pas Ségolène, il ne faut quand même pas exagérer. Car, au-delà du bling bling qui camoufle des trucs qui ne sentent pas très bon, et surtout pas la rose, la Sarkozye ressemble de plus en plus au radeau de la méduse. D’ailleurs, nous sommes tous médusés par ce à quoi nous assistons. Un vrai coup de vent (social) et le radeau disparaîtra définitivement du paysage. Et que restera-t-il à droite ? Hé bien, ceux qui seront partis à temps pour des raisons éthiques. Tu vois, je ne te demande même pas de ne plus être de droite ! Autre avantage si tu fais tes valises : fin de la cohabitation forcée avec l’élite intellectuelle du pays, je veux parler de ces artistes et autres sportifs que le monde entier nous envie. Parce que ça ne doit pas être drôle tous les jours d’entendre Douillet philosopher à table pendant que Bigard te pince les fesses sous l’œil rigolard de Clavier qui brame Okaayyy ! Tout ça sur fond de ritournelles de Barbelivien et de blagues de Brice (tu connais celle du noir qui va pisser au bord de la rivière ?…).
Dernier avantage, et non des moindres, je crois que tu t’aimerais un peu plus…
Bon, tu feras bien ce que tu voudras, en fait je m’en fous un peu tant qu’il y aura du Lexomil de disponible sur le marché. D’ailleurs, tu n’es peut être pas aussi formidable que je me plais à l’imaginer. Quand même, ça me ferait bien plaisir de constater que le seul ministre qui à des couilles dans ce gouvernement est une femme. Et une black, en plus ! Mais, c’est bien connu, je suis un idéaliste.
Bien cordialement.
Bernie
J’aime beaucoup le ton !
Quel talent !
Dès élu à l’Elysée, je t’embauche comme plume officielle
Merci PM ! Et je te garanti que ce sera beaucoup plus “fun” qu’avec Guéant !
‘Elle est pas à gauche, elle est pas à droite, elle est pas maladroite’. J’espère qu’elle n’a rien contre Louise Attaque.
Comme vous, j’apprécie Rama Yade et je suis son ascension politique (raison pour laquelle je suis tombée sur votre post). Et vous lui rendez un saisissant hommage.
Nous ferions mieux que les USA si les français l’élisaient à l’Elysée car en plus c’est une femme qui en a (comme vous dites).
Par contre, je ne suis pas convaincu de la nécessité de partir d’elle-même de ce gouvernement. Elle nous montre ce que ‘ne pas être godillot veut dire’ et c’est cela AUSSI qui la rend sympathique ! Partir pour elle serait tomber dans l’oubli comme Quitterie Delmas, autre jeune femme new deal. Voilà une nouvelle génération de femmes qui monte et qui pourrait bien pousser les éléphants de D et de G vers la sortie. L’une à l’Elysée, l’autre à Matignon serait utopique mais permettrait de tourner la page d’une politique post-soixantehuitarde qui nous a mené là où nous sommes aujourd’hui. (Il leur a fallu en renier des convictions ! ou bien en engranger des grains d’orge!)
Malheureusement pour elles, la France n’est pas mûr pour cela. Les jeunes ne se déplacent pas pour voter et les vieux n’aiment pas les jeunes (en général mais surtout en politique !)
Par ailleurs Panoramix a-t-il déjà donné de la potion magique aux femmes ?
Hello Jo&Co ! Effectivement, la question se pose pour elle (j’imagine) de rester et résister, ou de partir avec fracas. Je ne sais finalement pas ce qui serait le mieux… Un petit point de désaccord toutefois : je suis persuadé que mai 68 a été un passage important qui a permis à notre société d’évoluer . Par contre, mai 68 ne doit être vu, à mon sens, que comme le signe d’une rupture avec le système antérieur, et non comme l’émergence d’un nouveau système. Je ne sais pas si Panoramix a filé sa potion magique aux femmes, mais il est sur que Tragicomix nous fait tous copieusement ch… depuis son élection !
Bernie
Heu!!!
Avec le dernier choc (image collectif des sportifs)
Sa planche est sérieusement savonnée…
Oui, je ne vois pas trop sa stratégie… Ni celle des autres d’ailleurs…. Entre Fillon qui sort de son coma pour l’engueuler et sarko qui lui sauve la mise, il y a de quoi s’y perdre. Heureusement que Morano a donné de la voix avec la – grande – classe qu’on lui connaît !